Je passe le temps à demander
à l'ombre calme des fruitiers
que donneront les jours qui viennent
je me suis assis silencieux
face au village
dans le verger
j'ai pris le temps (je l'ai pincé)
l'ai allongé à mes côtés
et je le passe à demander
à l'ombre calme des fruitiers
que donneront les jours qui viennent
sur l'herbe fraîche du printemps
j'ai regardé passer le vent
l'ai caressé
le long des veines
je sentais battre son haleine
je l'ai pesé ai demandé
à l'ombre calme des fruitiers
que donneront les jours qui viennent
j'ouïssais les bruits
des feuilles naissantes
l'effort des fruits fiévreux
qu'enfante
l'effroi fleuri
des nuits tombantes
et je les presse à demander
à l'ombre calme des fruitiers
que donneront les jours qui viennent
mon métier m'appauvrit
ma pensée m'exaspère
je rappelle à l'oubli qui m'arrime à l'hiver
que l'aube fleurit
rose
pour les yeux du désert
et passe le temps à demander
à l'ombre calme des fruitiers
Que donneront les jours qui viennent ?
Turckheim, printemps-été 2003